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Contexte
La forêt sèche a évolué pendant des
millions d’années en l’absence de mammifères
terrestres, les seuls mammifères natifs de Nouvelle Calédonie
étant représentés par des Chiroptéres (chauve-souris).
Ce n’est qu’à une époque relativement récente
d’un point de vue évolutif, que cet écosystème
a commencé à subir l’action de mammifères introduits.

cerfs rusa sur des pentes couvertes de Heteropogon
contortus (Poya), photo M. de Garine-Wichatitski
En ce qui concerne les espèces herbivores et omnivores,
ces introductions se sont succédées depuis dés les
premiers peuplements humains de l’île : on estime que les
rongeurs ont été introduits par les mélanésiens
(Rattus exulans), puis par les européens (R. rattus,
R. norvegicus et Mus musculus) ; les cochons sauvages seraient des
descendants de ceux introduits par Cook vers la fin du XVIIIe siècle
; et les ruminants domestiques (bovins et caprins) et sauvages (cerf rusa,
Cervus timorensis russa) auraient été introduits
au cours du XIXe siècle.

Les cochons sauvages fréquentent aussi les forêts sèches,
photo M. de Garine-Wichatitsky
L’absence de « co-évolution » entre la
flore native de la forêt sèche et ces mammifères introduits
laisse présager un impact important sur la survie et/ou la régénération
de ces plantes, qui n’ont pas développé de
mécanismes de protection ou de tolérance à l’herbivorie
(comme c’est le cas par exemple pour les savanes africaines).
Impact des ongulés
introduits
La forêt sclérophylle en Nouvelle Calédonie a fortement
régressé sous l’action conjuguée de plusieurs
facteurs : climatiques, feux, défrichement… et sous l’action
des espèces introduites.

Bovin en lisière de Forêt Sèche (Tiéa),
photo M. de Garine-Wichatitsky
La contribution de ces dernières, qu’il
s’agisse des rongeurs, du cochon sauvage ou des ruminants, à
cette diminution globale de la surface occupée par la forêt
sèche est méconnue. Pourtant, la grande majorité
des lambeaux de forêt résiduelle sont situés actuellement
dans des zones d’élevage extensif de bovins ou soumises à
l’action des ongulés sauvages (cerfs rusa et cochons sauvages).
Localement, cette contrainte peut être levée par la mise
en défens de certaines zones à l’aide de clôtures,
mais les surfaces concernées seront forcément limitées
du fait du coût élevé de ces mesures. De plus, cette
« mise sous cloche » de quelques sanctuaires ne permettra
pas la conservation durable de cette formation végétale
en Nouvelle Calédonie, qui ne peut se concevoir sans une
meilleure compréhension des actions négatives des ongulés
et une gestion appropriée de ces contraintes.

Dans un premier temps il convient de comprendre et de mesurer
l’impact de ces ongulés sur la forêt sèche,
pour proposer ensuite des modes de gestion permettant un maintien et une
régénération de la végétation des forêts
sclérophylles. Une étude centrée sur l’impact
du cerf rusa est en cours qui vise à caractériser
les impacts observés (impact par consommation ou par résultant
des frottis des bois des cerfs mâles lors du rut), et à développer
des méthodes d’estimation rapide des densités d’ongulés
et des dégâts observés.
A terme, les résultats de cette étude permettront d’identifier
les plantes endémiques les plus vulnérables à l’action
des ruminants, de sélectionner les plantes natives qui
présentent une résistance naturelle aux ruminants
(pour une utilisation éventuelle dans les opérations de
reforestation), et de définir (si elles existent) les densités-seuil
d’ongulés qui soient compatibles avec la régénération
de la forêt sèche.
Michel de Garine-Wichatitsky
(Programme Elevage et Faune Sauvage,
IAC)
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